J'ai froid. Je tousse. Et il fait tout le temps noir, tout le temps le vent souffle. Le temps est lourd, le temps est sourd. Et dans la montagne j'entends des vents venus de l'au-delà, au-delà l'occident, là où la couleur vire ou rouge sang, là où la couleur ne meurt jamais. Ici tout est gris, les chats, le sol, les corbeaux. Ici tout est triste, et mes larmes glacées s'en vont sur les cicatrices d'une nouvelle jeunesse. Ici tout est lent, lent à en faire tomber le temps, mes petits pieds marchent plus vite que vous tous, je vous dépasse, je trépasse!
Et puis tant que la musique et l'absinthe coulent à flot, et que l'encens se consume comme toutes ces cigarettes, ses cigarettes. Je resterais comme ça figée tel une hirondelle abandonnée tel une méduse sur la plage pleine de marée noire. Blonde et fatiguée, avec les lèvres gercées, écarlates, mes lèvres plus si douces. Je ne bougerais plus et seul l'eau qui coule aura raison de moi. J'attends les couleurs d'antan. J'attends le rouge d'occident et les cornets d'encens qui viendront se poser sur mes narines, et la poudre glissera sur mon nez, qui coule, qui coule de pleurer. Mais je ne pleure plus, en tout cas j'évite.
J'attends juste que le soleil revienne, les fleurs aussi, pour l'instant toutes les couleurs orangées laisseront dans mon c½ur une solide amertume des jours passés, des jours heureux peut être. J'attends que tout se mélange pour former ce gris ce noir et ce blanc qui me donnent envie de me terrer sous les cendres pour l'éternité. Et j'irais me glisser au fond de ma tête, sous les couleurs, violet, orange, rouge vert, jaune, rose et surtout violet, violet, violée ma vie. Violacée mes cernes, et j'entends les couleurs qui se rapprochent au loin, faisant barrage au froid. J'attends un léger soleil et que les fleurs m'étouffent de leur onctueuse senteur.